Aspects Socio-économiques

La population totale des trois Etats membres est estimée à 24 millions d’habitants. Le taux de croissance démographique dans le bassin est d’environ 3% par an, ce qui est assez élevé par rapport à la moyenne dans les trois pays qui se situe entre 2,5% et 2,7% par an. La composante jeune connaît une forte immigration (environ 40%, notamment de sexe masculin) et le soutien de ces migrants à leurs familles restées au village est très important. Les principales activités économiques:

AGRICULTURE

Dans le bassin du fleuve Sénégal les populations pratiquent trois types d’agriculture :

L’agriculture sous pluie : dans le Haut-Bassin elle représente une importante activité pour la subsistance des populations qui mènent généralement une culture itinérante. La pluviométrie assez bonne (1400 mm à 600 mm par an) et les terres en majorité fertiles. Par contre dans la vallée et le delta, cette activité est moins importante et donne un rendement généralement faible parce que les sols sont relativement pauvres et les hauteurs de pluie dépassent rarement 500 mm par an. Les variétés cultivées sont essentiellement vivrières (petit mil, maïs, sorgho, pastèques).

L’agriculture irriguée : avec la régularisation du régime hydrologique portant le débit minimum à 300 m3/s à Bakel et compte tenu des réservoirs constitués par les barrages de Manantali, de Diama, des lacs de Guiers et Rkiz, il est possible d’envisager l’aménagement et la mise en valeur du potentiel irrigable d’une superficie maximale de 375 000 ha (soit 3 fois plus que les superficies actuellement aménagées) comme l’envisage l’OMVS dans son programme de développement intégré du Bassin.

L’agriculture de décrue : est également un type d’agriculture traditionnelle très importante dans la vallée et le delta du fleuve Sénégal. Vers la fin de la saison des pluies (août – septembre), la crue du fleuve inonde les larges plaines alluviales et bas-fond qui sont ainsi cultivés au fur et à mesure que les eaux se retirent. Pour la période de 1946 – 1971 (juste avant la création de l’OMVS), la moyenne des surfaces inondées a été estimée à 312 000 ha de part et d’autre du fleuve et celle des surfaces cultivées à 108 000 ha, dont 65000 ha pour la rive sénégalaise ( OMVS-IRD, 1999). Il faut cependant souligner que ce type de production a vite atteint ses limites et a même disparu durant les années de sécheresse (années 70) puisqu’il est fortement tributaire de la pluviométrie et/ou de la crue du fleuve. C’est d’ailleurs pour faire revivre cette importante activité que l’OMVS simule la crue par des lâchers au niveau du barrage de Manantali permettant ainsi aux populations de s’adonner à nouveau aux cultures de décrue traditionnelles. Cette culture de décrue est un élément important du système de production des populations, non seulement à cause de son emplacement à proximité des villages, ce qui permet la participation active des femmes, mais aussi et surtout à cause de la grande variété des espèces cultivées: maïs, aubergine, potirons, tomates, hibiscus (bissap), sorgho, riz, pastèques et autres produits maraîchers locaux. Aussi les tiges de maïs et haricots forment une source précieuse d’aliments pour les petits ruminants (moutons et chèvres).

L’ELEVAGE

Le bassin du fleuve Sénégal a toujours constitué une importante zone d’élevage pour la Mauritanie, le Mali et le Sénégal. Par exemple entre 1955 et 1971 – 1972, le cheptel est passé de 240 000 têtes à 700 000 têtes. Les raisons principales de cet important accroissement résident dans le fait que les Etats appuyés par leurs partenaires au développement ont fait des efforts significatifs en matière de sélection des espèces, de solution des problèmes de santé et d’abreuvage. Cet élevage, qui est pour l’essentiel extensif a naturellement été positivement influencé par la maîtrise de l’eau (barrages) et les aménagements hydro-agricoles qui ont grandement augmenté le disponible fourrager. D’après les informations recueillies auprès des services vétérinaires des pays, la concentration du cheptel pourrait être estimée aujourd’hui sur l’espace OMVS du bassin du fleuve Sénégal à plus de 2,7 millions de bovins et 4,8 millions d’ovins-caprins, soit 25 % du cheptel bovins et 20 % de cheptel ovins-caprins. Ces dernières années des efforts importants sont déployés pour promouvoir l’élevage intensif.

LA PECHE

la pêche est traditionnellement une activité économique importante, notamment dans la vallée et le delta. Elle est pratiquée aussi bien dans le cours principal, au niveau des affluents que dans les cuvettes inondées.Le niveau de production varie entre 26 000 à 47 000 tonnes par an selon l’étude sur « les impacts potentiels de la gestion des ouvrages et des eaux de surfaces du fleuve Sénégal sur les ressources halieutiques », OMVS - LA ROCHE.

Par ailleurs les lacs de retenue des barrages de Diama et surtout de Manantali (11,5milliards de m3 pour 500km²) sont bien connus des populations pour être effectivement très poissonneuses et polarisent aujourd’hui d’importantes communautés de pêcheurs venues de toutes les zones de la sous région. Le relèvement des niveaux d’étiage et le maintien d’un volume d’eau plus important dans le lit mineur du fleuve, dans certains bras secondaires et dans les parties les plus basses, permettent le développement d’espèces plus variées et la survie de sujets plus gros. Par ailleurs, ces plans d’eau ouvrent d’ importantes perspectives de développement de la pisciculture.

ACTIVITES MINIERES

Sur le plan minier, il n’y a pas d’activités majeures en cours. On peut cependant signaler l’exploitation artisanale de minerai d’or au niveau de la Falémé et de quelques petits affluents dans le Haut-Bassin par les populations. Cette activité, bien que marginale sur le plan économique, demeure une importante source de pollution à cause de la nature des produits utilisés. Cette préoccupation de la préservation de l’environnement par rapport à l’exploitation minière est une donnée fondamentale pour l’OMVS dans sa planification stratégique. La levée des contraintes (navigabilité du fleuve, réalisation d’infrastructures portuaires, etc.), facilitera l’exploitation entre autres, des différents gisements suivants :

Du côté malien, dans un bassin ferrifère s’étendant de Kayes à Koulikoro et concernant plus de 2 milliards de tonnes, les gisements ayant fait l’objet d’études poussées totalisent 500 millions de tonnes de minerai de fer de bonne qualité facilement exploitable.

Du côté mauritanien, les prospections font état d’un gisement de phosphates dont les réserves sont estimées à 4millions de tonnes avec une teneur en phosphates tricalcique de 50 à 70%. Ce gisement se trouve dans les localités de Civé et d Boufal. D’importants gisements de cuivre ont également été trouvés dans la zone de Sélibaby.

Du côté sénégalais, dans la région qui va de la Falémé à Kéniéba, les réserves de fer ont été estimées à 600 millions de tonnes. La teneur en fer des minerais oxydés des gisements connus est de l’ordre de 60 à 68%. Il y a également des gisements de phosphates qui ont été trouvés dans la localité de Matam.

ACTIVITES INDUSTRIELLES

Au niveau industriel, la Compagnie Sucrière Sénégalaise (CSS) est la seule grande entreprise qui opère dans le bassin. Elle exploite à Richard Toll plus de 8 000 ha de cannes à sucre et quelques unités de transformation de la tomate. Il y a ensuite de petites Unités de décorticage du riz et de mécanisation agricole. Présentement, on note que le tissu industriel dans le bassin du fleuve Sénégal est assez faible. Toutefois, le désengagement des Sociétés Nationales de Développement et les nouveaux besoins consécutifs à la mise en valeur des terres, offrent des opportunités réelles à l’émergence d’un tissu industriel dynamique. Il en est de même des secteurs des services et du commerce dont le développement va de pair avec l’intensification de l’agriculture et l’augmentation du pouvoir d’achat des producteurs.